Se comparer aux autres est humain. On le fait depuis l’enfance, parfois même sans s’en rendre compte. On observe les personnes qui nous entourent, on regarde ce qu’elles font, où elles en sont, ce qu’elles réussissent mieux ou moins bien que nous. Et en soi, ce réflexe n’est pas forcément mauvais : observer les autres nous aide aussi à apprendre, à évoluer et à nous construire.
Le problème commence lorsque tu ne te contentes plus d’observer quelqu’un, mais que tu utilises cette personne comme une unité de mesure pour juger ta propre valeur, tes capacités ou tes chances de réussir.
Et en PASS, cette frontière peut être franchie très, très rapidement.
Tu vas arriver en amphithéâtre et rencontrer des centaines d’étudiants qui suivent exactement les mêmes cours que toi. Le professeur posera une question et, parfois, avant même que tu aies eu le temps de réfléchir, plusieurs personnes auront déjà répondu. Certaines poseront des questions extrêmement précises. D’autres réciteront une formule que tu avais encore du mal à comprendre la veille.
Et toi, assis à ta place, tu risques de penser : « Mais comment ils maitrisent déjà tout ça ? »
Tu viens à peine de commencer ton année, tu as encore des chapitres que tu n’as pas complètement finir d’apprendre, des notions qui restent floues, peut-être même du retard quelque part… et tu as soudainement l’impression que les autres ont déjà six années de PASS derrière eux.
C’est exactement à ce moment-là que tu dois faire attention à ce que ton cerveau va faire de ce que tu viens d’observer.
Parce qu’en quelques secondes, une simple observation peut devenir une comparaison :
« Il/elle connaît parfaitement son cours. »
Puis un jugement :
« Il/elle est beaucoup plus fort(e) que moi. »
Puis un doute :
« Est-ce que j’ai vraiment le niveau pour être ici ? »
Et ce doute peut progressivement devenir de l’anxiété, de la démotivation, une perte de confiance, voire l’impression que tu n’y arriveras jamais.
Pourtant, qu’est-ce que tu sais réellement de cette personne ?
Presque rien.
Tu ne connais pas son classement. Tu ne connais pas ses résultats dans les autres matières. Tu ne sais pas combien de temps elle a passé sur ce chapitre. Tu ne sais pas si elle connaissait déjà cette notion avant la PASS. Tu ne sais pas si elle apprend mieux en participant en cours. Tu ne sais pas non plus si elle maîtrise aussi bien le chapitre suivant.
Peut-être même qu’elle est réellement meilleure que toi sur cette notion.
Et honnêtement ce n’est pas grave. Il faut aussi accepter cette possibilité.
Tu rencontreras des personnes meilleures que toi dans certaines matières, plus rapides pour mémoriser certains cours, plus à l’aise avec les mathématiques, la chimie, la biologie ou d’autres UE. Et elles rencontreront probablement, elles aussi, des personnes meilleures qu’elles.
Même le premier de la promotion peut rencontrer quelqu’un de meilleur que lui ailleurs.
Tu n’as donc pas besoin de chercher constamment à déterminer qui est « meilleur ». Cette question ne t’apporte finalement pas grand-chose.
Et surtout, fais attention à un phénomène très trompeur : Le fait de voir ce que les autres te montrent, et pas l’intégralité de leur année.
La personne qui répond à toutes les questions aujourd’hui sera peut-être silencieuse demain sur un chapitre qu’elle maîtrise beaucoup moins. Mais toi, tu peux très facilement conserver uniquement l’image du jour où elle semblait tout savoir et construire autour d’elle une version complètement irréaliste :
« Elle maîtrise tout. »
Alors que tu ne l’as vue maîtriser qu’une chose.
Transformer la comparaison en information
Je ne vais pas te dire de ne jamais regarder ce que font les autres. Ce serait irréaliste, et ce serait même dommage (et tu vas très vite comprendre pourquoi).
Les autres peuvent énormément t’apprendre.
Ce que tu dois apprendre à changer, c’est la manière dont tu utilises ce que tu observes.
Imaginons qu’un étudiant obtienne régulièrement de très bonnes notes.
Tu peux le regarder et penser :
« Il est meilleur que moi. Je n’arriverai jamais à son niveau. »
Ou tu peux te demander :
« Qu’est-ce qu’il/elle fait qui fonctionne aussi bien ? »
Et là, tout change.
Tu peux observer son organisation. Lui demander comment il/elle révise (si tu as du courage). Comprendre à quelle fréquence il/elle revoit ses cours/fait des QCM, comment il/elle mémorise certaines notions , comment il/elle planifie ses journées...
Ici, tu ne cherches plus à savoir pourquoi il/elle vaut mieux que toi. Tu cherches à comprendre ce que tu peux apprendre de lui/elle.
C’est la différence entre se comparer à quelqu’un et prendre quelqu’un comme modèle.
Prendre quelqu’un comme modèle n’est ni un aveu de faiblesse ni le signe que tu es incapable de trouver ta propre méthode. Au contraire, savoir reconnaître qu'une personne fait quelque chose particulièrement bien, comprendre pourquoi cela fonctionne et en tirer un enseignement demande beaucoup de maturité.
Mais ne copie pas aveuglément.
Une méthode excellente pour quelqu’un peut être complètement inadaptée pour toi. Observe, pose des questions, cherche, teste, adapte et conserve uniquement ce qui améliore réellement ton propre travail.
Ton objectif n’est pas de devenir cette personne.
Ton objectif est de devenir meilleur grâce à ce que tu as appris d’elle.
Et ne te compare pas non plus uniquement aux personnes moins avancées !!!
On parle beaucoup de la comparaison avec ceux qui semblent meilleurs que nous, mais l’inverse existe aussi.
Tu peux obtenir de meilleurs resultats aux QCM blancs, apprendre que ton ami en a obtenu de moins bon et immédiatement te rassurer :
« Finalement, ça va. »
Peut-être.
Mais si ton objectif (qui est évidemment d’aller en P2 ) nécessite que tu progresses encore, le « moins bon » de quelqu’un d’autre ne rend pas automatiquement ton travail suffisant.
C’est pour cette raison que regarder constamment autour de toi est une mauvaise boussole.
Quelqu’un devant toi peut te faire croire que tu es en retard alors que tu progresses très bien.
Quelqu’un derrière toi peut te faire croire que tout va bien alors que tu dois encore progresser.
Les performances des autres ne définissent PAS les tiennes.
Ta meilleure référence reste toi-même
Pendant cette année, tu dois apprendre à revenir régulièrement à toi.
Pas dans le sens où tu dois devenir individualiste, refuser d’aider les autres ou vivre ta PASS complètement isolé. S’entraider, partager une explication ou travailler ensemble ne va pas magiquement offrir ta place au classement à quelqu’un d’autre (crois-moi).
Se recentrer sur soi signifie simplement arrêter de mesurer constamment SA progression à travers celle des autres.
Pose-toi plutôt des questions qui te donnent réellement des informations utiles :
Est-ce que je comprends mieux ce chapitre qu’hier ?
Est-ce que je fais moins d’erreurs qu’il y a deux semaines ?
Pourquoi est-ce que je perds encore des points sur ce type de QCM ?
Est-ce que ma façon de travailler est réellement efficace ?
Qu’est-ce que je peux améliorer demain ?
Là, tu travailles avec des informations sur lesquelles tu peux agir.
Et c’est probablement l’une des choses les plus importantes à comprendre en PASS : tu ne contrôles pas la vitesse à laquelle les autres apprennent. Tu ne contrôles pas leurs notes, leur niveau, leur passé scolaire ou leur classement.
En revanche, tu peux travailler sur le tien.
Alors lorsqu’une personne t’impressionne, ne laisse pas automatiquement ton cerveau transformer son niveau en preuve de ton insuffisance.
Observe-la. Apprends d’elle. Inspire-toi de ce qu’elle fait bien. Puis retourne travailler sur toi.
Transforme :
« Elle est meilleure que moi. »
en :
« Qu’est-ce que je peux apprendre d’elle pour devenir meilleur moi aussi ? »
La différence peut sembler minuscule. Pourtant, dans un cas, tu utilises la réussite de quelqu’un d’autre pour diminuer ta confiance. Dans l’autre, tu l’utilises pour progresser.
Et pendant une année aussi exigeante que la PASS, tu n’as pas besoin de gaspiller ton énergie à déterminer si les personnes autour de toi sont meilleures ou moins bonnes que toi.
Tu as besoin de savoir où tu vas, où tu en es, et quelle est la prochaine chose que tu peux améliorer.
Prends les autres comme des sources d’apprentissage, jamais comme des preuves que tu n’es pas à ta place