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Conseil 03

Accepter que cette année demandera des sacrifices

Avant toute chose, j’aimerais que tu réalises où tu en es.

Tu viens d’être accepté en première année d’accès aux études de santé !! Et crois-moi, ce n’est pas rien !

Si tu es là aujourd’hui, c’est que tu es en capacité de faire cette année.

Ça ne veut pas dire que ta réussite est déjà acquise, évidemment. Mais simplement que tu as ta place ici, que tu as les compétences et les capacités pour concourir en PASS/LAS et tenter d’être Grand Admis à la fin de l’année.

Maintenant, le travail commence…

Et je préfère te le dire dès le début : cette année va probablement te demander des sacrifices.

Pas parce qu’il faudrait souffrir pour mériter sa place. Pas parce qu’un bon étudiant en PASS devrait arrêter de dormir, abandonner tous ses amis et passer chaque minute de sa journée devant ses cours.

Mais parce qu’un objectif aussi exigeant va prendre de la place dans ta vie.

Et cette place, il faudra forcément la prendre quelque part.

Ton quotidien ne pourra probablement plus être exactement celui du lycée

Tu l’as sûrement déjà entendu : entre le lycée et l’université, il y a un vrai changement.

Au lycée, tu évolues dans un cadre extrêmement présent. Tu as ton emploi du temps, tes professeurs, tes devoirs, tes contrôles… Tu retrouves pratiquement les mêmes personnes tous les jours et une grande partie de ton organisation est déjà décidée pour toi.

Et tu peux parfois te permettre beaucoup de choses à côté.

Sortir après les cours, rentrer tard, passer des heures en appel avec tes amis, prévoir quelque chose un ramdom mardi après-midi, sortir le samedi puis recommencer le dimanche… Tu peux même parfois arriver en cours complètement épuisé le lendemain et te dire que tu récupéreras plus tard.

Et pour certains, le lycée ne demande même pas encore énormément de discipline personnelle.

C’était mon cas.

J’avais des facilités à l’école. Je pouvais travailler relativement peu et obtenir quand même de très bons résultats. J’ai eu mon bac avec mention et pendant longtemps, je n’avais jamais réellement eu besoin de construire cette discipline qui consiste à travailler régulièrement même lorsqu’on n’en a absolument pas envie.

Puis je suis arrivée à l’université.

Et là, quelque chose change : une grande partie de la discipline que ton environnement t’imposait auparavant devient ta responsabilité.

Il y a toujours un cadre, évidemment. Tu as des cours, un programme, des examens, des échéances.

Mais c’est presque un cadre invisible.

Selon l’organisation de ta faculté, personne ne viendra nécessairement te chercher parce que tu as décidé de sécher un CM ou un TD.

(référence : Les pièges des CM non obligatoires)

Personne ne sera derrière toi tous les soirs pour vérifier que tu as avancé sur les chapitres de la semaine.

Et surtout, contrairement au lycée, certaines conséquences ne sont plus immédiates.

Au lycée, si tu ne vas pas en cours, ton absence peut être relevée le jour même. Tes parents peuvent être prévenus, tu peux devoir te justifier ou subir rapidement une conséquence. Tu sais donc presque immédiatement que ton choix a produit quelque chose.

À l’université, c’est différent.

Tu peux repousser ton cours aujourd’hui et… rien ne se passe.

Tu recommences demain.

Toujours rien.

Puis la semaine suivante.

Toujours aucune catastrophe.

Et c’est précisément ce qui rend cette liberté aussi piégeuse : la conséquence n’a pas forcément disparu. Elle est parfois simplement à retardement.

Parce qu’il existe un chemin qui paraît complètement inoffensif au début :

« Je le ferai plus tard. »

Aujourd’hui, tu repousses un chapitre à demain.

Demain, tu es fatigué, donc tu te dis que tu le feras samedi.

Samedi, autre chose arrive.

Et pendant ce temps-là, les nouveaux cours, eux, continuent.

Le problème n’est pas d’avoir perdu une heure ou une après-midi.

Le problème, c’est l’accumulation.

Je l’ai appris de manière assez brutale. À force de travailler principalement lorsque j’avais un pic de motivation et de repousser certaines choses lorsqu’il n’était pas là, je me suis retrouvée avec plusieurs UE entières à apprendre en seulement quelques semaines. (ref : discipline over motivation )

Des cours que j’avais pourtant eu des mois pour travailler progressivement.

Et lorsque tu te retrouves devant toute cette quantité de travail, tu réalises que tu viens de te créer toi-même une pression qui aurait pu être largement évitée.

Certains chapitres étaient même extrêmement intéressants et je me disais :

« Mais pourquoi je n’ai pas fait ça avant ? »

C’est là que j’ai réellement compris quelque chose : la procrastination te présente souvent le confort maintenant et te laisse la facture pour plus tard.

Et cette facture peut devenir très lourde lorsque plusieurs semaines de « je le ferai demain » finissent par s’accumuler.

Tu dois alors essayer de faire extrêmement rapidement ce que tu aurais pu apprendre progressivement, revoir plusieurs fois et réellement consolider.

Or, vite et bien vont rarement ensemble lorsqu’il s’agit d’apprendre durablement (Surtout dans les études de médecine).

En PASS, ton temps devient donc une ressource particulièrement précieuse. Pas au point de culpabiliser dès que tu passes une heure à faire autre chose, mais suffisamment pour apprendre à décider consciemment de ce que tu veux en faire.

(référence : Comment bien s’organiser en PASS)

Certaines choses vont devoir prendre moins de place

C’est probablement là que commence réellement le sacrifice.

Tu ne pourras peut-être plus sortir aussi souvent qu’au lycée.

Tu ne pourras peut-être plus rester en appel jusqu’à 3 h du matin plusieurs fois par semaine.

Tu devras parfois dire non à une sortie que tu aurais adoré faire.

Tu devras peut-être réduire drastiquement ton temps sur les réseaux sociaux, certaines séries, certains loisirs ou simplement toutes ces petites choses qui, mises bout à bout, prennent beaucoup plus de temps qu’on ne l’imagine.

Et oui, parfois, ce sera frustrant.

Tes amis feront des choses sans toi.

Il y aura une soirée à laquelle tu aurais aimé aller.

Tu ouvriras ton téléphone et tu verras que tu as « raté » quelque chose.

Et ce n’est pas grave.

Je ne vais pas te dire que tu ne manqueras jamais rien. Ce serait faux.

La question est plutôt : qu’est-ce qui compte le plus pour toi à cet instant ?

Parce qu’il y a une différence entre subir un sacrifice et choisir consciemment de faire de la place à quelque chose qui compte davantage pour toi.

Au lieu de penser :

« Je suis en PASS, donc je n’ai plus le droit de sortir. »

Tu peux aussi penser :

« J’aurais aimé sortir ce soir, mais j’ai décidé que ce que je dois faire demain était plus important pour moi cette fois-ci. »

Le résultat est le même : tu n’es pas sorti.

Mais la manière dont tu vis cette décision est complètement différente.

Faire de ta PASS une priorité n’est pas une option si c’est réellement ton objectif

Il faut aussi être cohérent avec ce que tu veux.

Si ton objectif est d’accéder à la filière que tu vises, tu sais que les places sont extrêmement limitées et que cette année demande un investissement important.

Tu ne peux pas vouloir profondément un résultat tout en refusant systématiquement les choix nécessaires pour essayer de l’atteindre.

Et c’est peut-être l’une des choses les moins agréables à entendre.

Il y aura des jours où travailler ne te fera absolument pas envie.

Et c’est précisément là que la discipline intervient.

Je l’ai comprise assez tard parce que, justement, je n’avais jamais vraiment eu besoin de la construire avant.

Je pouvais travailler énormément la veille d’un contrôle ou deux jours avant parce que, soudainement, j’avais un énorme pic de motivation (et aussi un gros stress parce que je sais que je n’est pas reviser). Je pouvais être extrêmement productive pendant un court moment… puis beaucoup moins régulière ensuite.

J’ai vraiment compris que la motivation et la discipline n’avaient pas le même rôle.

La motivation est géniale.

Elle peut te donner envie de commencer. Elle peut te donner un énorme coup de boost. Elle peut te rappeler pourquoi tu fais tout ça.

Mais elle fluctue beaucoup trop (humeur , hormones , fatigue, stress , évènement hors de porté ).

La motivation peut démarrer le moteur. La discipline permet de continuer à avancer lorsqu’elle redescend.

Et la discipline n’est pas spectaculaire.

Ce n’est pas travailler quinze heures pendant trois jours, s’épuiser complètement puis ne plus réussir à ouvrir un cours pendant une semaine.

(référence : Discipline over motivation — Faire chaque jour > tout faire une fois tous les trois jours)

C’est souvent beaucoup plus banal.

Faire ce que tu avais prévu alors que tu n’en as pas particulièrement envie.

Commencer ce chapitre que tu repousses depuis deux jours.

Poser ton téléphone.

Savoir dire non lorsque tu sais pourquoi tu dis non.

Et recommencer le lendemain.

La route de la discipline n’est pas toujours agréable.

Mais elle t’apporte quelque chose de beaucoup plus précieux : la régularité.

Faire de ta PASS une priorité, c’est surtout accepter que tes décisions quotidiennes doivent être un minimum cohérent avec l’objectif que tu t’es fixé.

Mais attention :

Priorité ne veut pas dire totalité.

Tout ne doit pas être sacrifié

C’est probablement partie la plus importante de tout ce conseil.

Il y a des choses que cette année peut te demander de réduire fortement.

Il y en a d’autres que tu peux simplement adapter.

Et il y en a que tu dois essayer de protéger.

Et pour faire la différence, j’aime bien me poser une question très simple :

Qu’est-ce que cette activité me prend, et qu’est-ce qu’elle m’apporte ?

Parce qu’une même activité peut avoir une place complètement différente selon la manière dont tu l’utilises.

À l’époque, je passais énormément de temps sur Twitch. Lorsque j’avais regardé mon récapitulatif annuel, j’avais découvert que je m’y étais connectée environ 340 jours dans l’année...

Autant te dire que Twitch faisait partie de mon quotidien.

J’aimais également énormément le crochet.

Quand je suis entrée en PASS, je n’ai pourtant pas eu besoin de jeter toutes les choses que j’aimais à la poubelle.

J’ai surtout dû apprendre à changer la place qu’elles occupaient.

Passer plusieurs heures sur Twitch alors que j’avais prévu de travailler me prenait quelque chose dont j’avais besoin : mon temps.

Regarder un live pendant un moment à la fin d’une grosse journée, lorsque j’avais terminé ce que j’avais prévu, pouvait au contraire m’apporter quelque chose : une coupure, du plaisir, un moment où mon cerveau pensait enfin à autre chose.

Même chose pour le crochet.

Une activité n’est donc pas automatiquement mauvaise simplement parce qu’elle n’a rien à voir avec tes études.

La vraie question est plutôt de savoir quelle relation tu entretiens avec elle.

Est-ce qu’elle prend systématiquement la place de quelque chose de plus important ?

Ou est-ce qu’elle t’apporte une vraie pause, du plaisir, de la récupération, quelque chose qui te permet ensuite de reprendre ?

C’est là que tu dois faire le tri.

Certaines choses devront être réduites.

D’autres simplement déplacées.

Certaines pourront parfaitement rester.

Et certaines doivent absolument être protégées.

Ne sacrifie pas ce qui te permet de tenir

Réduire trois heures de scrolling inutile pour récupérer du temps de travail ou de sommeil ? Très probablement une bonne idée.

Faire moins de sorties pendant certaines périodes ? Peut-être nécessaire.

Adapter ton sport parce que tu n’as plus le temps de t’entraîner aussi longtemps qu’avant ? Pourquoi pas.

Mais dormir quelques heures par nuit pour avoir davantage de temps devant tes cours n’est pas un sacrifice intelligent.

Supprimer absolument toutes tes pauses non plus.

(référence : Non, faire des pauses n’est pas une perte de temps)

T’isoler de toutes les personnes que tu aimes pendant des mois non plus.

Et ça, je l’ai appris de la mauvaise manière.

En partant étudier dans ma fac , j’étais déjà loin de mon environnement habituel cette année la . Ma famille, mes amis, mes repères, les endroits que je connaissais : tout était resté à dans ma ville ou j’habitais.

Et malgré cet isolement qui existait déjà naturellement, j’ai décidé d’en rajouter.

Dans ma tête, être réellement sérieuse signifiait me couper encore davantage du monde pour consacrer le maximum de temps possible à ma PASS.

Donc je sortais très peu. Je voyais peu mes proches. Je les appelais peu. Je pensais sincèrement que moins j’accordais de temps au reste de ma vie, plus j’en donnais à mes études et plus ma décision était intelligente.

Ça ne l’était pas.

Cet isolement m’a profondément affectée et je me sentais de plus en plus seule.

Je pensais optimiser mon temps.

En réalité, j’avais supprimé une partie de ce qui me permettait de tenir.

Et j’ai fait la même erreur avec mon sommeil.

Pendant quelques jours, j’ai enchaîné des nuits extrêmement courtes. Je pouvais travailler jusqu’à très tard, dormir très peu, me lever le matin et utiliser de la caféine pour continuer à avancer.

Sur le papier, j’avais « gagné » plusieurs heures.

Dans la réalité, j’étais épuisée et j’ai failli faire un malaise dans les transports à cause d’une dette de sommeil sévère.

Et spoiler : je retenais très mal voir pas ce que j’avais passé autant de temps à essayer d’apprendre.

C’est là qu’il faut comprendre quelque chose d’essentiel :plus d’heures éveillé ne signifie pas automatiquement plus d’heures efficaces.

Ton sommeil, tes pauses, ton alimentation, ton équilibre, le mouvement et les contacts humains ne sont pas nécessairement des obstacles qui t’empêchent de travailler.

Certains font justement partie de ce qui te permet de travailler correctement.

Une pause n’est d’ailleurs pas nécessairement une distraction.

Si tu avais prévu de travailler et que tu te retrouves deux heures plus tard à scroller sans même savoir comment tu es arrivé là, oui, ton attention a été détournée.

Mais si ton cerveau sature et que tu décides consciemment d’aller marcher trente minutes, de faire du sport, de manger avec quelqu’un, de crocheter ou simplement de faire quelque chose que tu aimes avant de reprendre, tu n’as pas « gâché » trente minutes.

Tu as fait une pause.

Et tu en auras besoin.

Ton objectif n’est donc pas de supprimer tout ce qui n’est pas directement lié à la PASS.

Ton objectif est de trouver ce qui te permet de travailler sérieusement sans te détruire en cours de route.

Rappelle-toi pourquoi tu acceptes ces sacrifices

À un moment de l’année, tu risques de te demander :

« Pourquoi je fais tout ça ? »

Et c’est justement pour ça qu’il faut connaître ta réponse.

Pourquoi es-tu ici ?

Pourquoi cette filière compte-t-elle suffisamment pour toi pour que tu acceptes de vivre différemment pendant quelque temps ?

Ton « pourquoi » ne fera pas magiquement disparaître la fatigue ou la frustration.

Mais il redonne du sens aux choix que tu as faits, que tu fais et que tu feras à l’avenir.

Et surtout, trouve une manière de te le rappeler.

Une de mes meilleures amies, qui était elle aussi en première année de médecine, mettait devant elle des post-it avec ce qu’elle voulait devenir et ses aspirations. Lorsqu’elle levait les yeux de son bureau, elle voyait immédiatement ce vers quoi elle travaillait.

Moi c’était des « moodboards » en fond d’écran qui fonctionnent.

Voir concrètement ce que je veux construire, me projeter et me rappeler pourquoi j’ai commencé peut me donner ce petit coup de boost dont j’ai parfois besoin.

Pour toi, ce sera peut-être complètement différent.

Une phrase.

Une photo.

Un post-it.

Un tableau.

Un fond d’écran.

Un objectif écrit devant ton bureau.

Peu importe.

Le but n’est pas de créer quelque chose de joli selon Pinterest.

Le but est d’avoir quelque chose qui te reconnecte à ton pourquoi lorsque le quotidien commence à te le faire oublier.

Et surtout : cette période est temporaire

Prends un peu de recul.

Une année universitaire peut te sembler interminable lorsque tu es en plein milieu. Une semaine difficile peut déjà te paraître durer un mois.

Mais replace cette période à l’échelle de ta vie.

Tu as potentiellement des décennies devant toi.

Des milliers de semaines.

Des voyages, des soirées, des rencontres, des projets, des étés, des week-ends et énormément de moments que tu ne peux même pas encore imaginer.

Et au milieu de tout ça, cette année représente finalement une période extrêmement courte de ta vie.

Ça ne veut pas dire qu’elle sera facile.

Ça ne veut pas dire que les sacrifices ne seront jamais frustrants.

Mais ils ont une fin.

Alors oui, pendant cette petite partie de ta vie, certaines choses vont peut-être devoir attendre.

Et lorsqu’un sacrifice commence à te peser, rappelle-toi qu’il n’est pas définitif.

Alors oui, cette année demandera probablement des sacrifices

L’objectif est de faire suffisamment de place à ta PASS pour pouvoir réellement lui donner une chance, tout en protégeant ce qui te permet de tenir jusqu’au bout.

Apprends à faire la différence entre ce qui doit être sacrifié, ce qui doit simplement être adapté et ce qui doit être protégé.

Apprends à reconnaître les activités qui te prennent énormément sans réellement t’apporter, mais ne culpabilise pas pour celles qui te permettent de respirer.

Apprends à utiliser la motivation lorsqu’elle est là, sans attendre qu’elle revienne pour agir.

Et parfois, poursuivre quelque chose qui compte vraiment, c’est apprendre à dire :

« Pas maintenant. »

pour pouvoir un jour te dire :

« Ça en valait la peine. »